Différences entre étude de sol G1 et G2 dans le Val-de-Marne

Un sinistre sur cinq touchant des maisons individuelles en France trouve son origine dans un sol mal caractérisé avant la construction. Dans un département comme le Val-de-Marne, où argiles expansives, nappes phréatiques superficielles et terrains alluviaux coexistent, cette réalité prend un relief particulier. Pourtant, beaucoup de maîtres d’ouvrage confondent encore l’étude de sol G1 et l’étude de sol G2, deux missions géotechniques distinctes définies par la norme NF P 94-500 (révision 2013), qui n’interviennent pas au même stade d’un projet et ne produisent pas les mêmes résultats. Comprendre leurs différences, c’est éviter des erreurs de conception coûteuses et respecter les obligations légales en vigueur.
Qu’est-ce que la mission G1 et à quel moment intervient-elle ?

La mission G1 est une étude géotechnique préalable, la première reconnaissance formelle du sol menée avant tout projet de construction. Définie par la norme NF P 94-500, elle est structurée en deux phases complémentaires : la phase G1 ES (étude de site) et la phase G1 PGC (principes généraux de construction).
Son objectif est d’établir un modèle géologique préliminaire du terrain, d’identifier les risques naturels majeurs (retrait-gonflement des argiles, affaissements, présence d’une nappe) et de formuler des principes généraux de construction. Elle n’a pas vocation à dimensionner des fondations : c’est une cartographie des risques, pas un plan d’action technique détaillé.
La G1 ES : l’étude documentaire et la visite de site
La phase G1 ES s’appuie sur une enquête documentaire approfondie (cartes géologiques, archives, photos aériennes, données cadastrales) complétée par une visite du terrain. Elle permet d’anticiper la nature des sols, de repérer d’éventuels mouvements passés et d’orienter les investigations futures.
C’est à ce stade qu’intervient la consultation des bases de données officielles, notamment Géorisques, qui recense les zones d’exposition au retrait-gonflement des argiles. Dans le Val-de-Marne, plusieurs communes présentent un aléa moyen à fort, ce qui rend cette vérification indispensable dès l’acquisition d’un terrain.
La G1 PGC : les principes généraux de construction
La phase G1 PGC prolonge la G1 ES par des investigations in situ (sondages à la tarière, prélèvements, essais pénétrométriques ciblés). Elle livre un rapport comprenant la stratigraphie du site, une évaluation de la sensibilité au risque de retrait-gonflement et des principes généraux de construction à respecter pour sécuriser le projet futur.
Ces recommandations restent générales : elles indiquent, par exemple, qu’un approfondissement des fondations sera nécessaire ou que des précautions particulières s’imposent vis-à-vis de la végétation environnante. Elles ne constituent pas encore un dimensionnement précis.
Quand la loi ELAN rend-elle la G1 obligatoire dans le Val-de-Marne ?

Depuis le 1er octobre 2020, la loi ELAN (article 68, codifié aux articles L132-4 et suivants du Code de la construction et de l’habitation) impose au vendeur d’un terrain non bâti constructible de fournir une étude géotechnique préalable G1 PGC lorsque le terrain est situé en zone d’exposition moyenne ou forte au phénomène de retrait-gonflement des argiles.
Dans le Val-de-Marne, la géologie mêle argiles expansives (sensibles aux cycles sécheresse-réhydratation), limons et alluvions de Seine susceptibles de tassements. De nombreuses communes du département sont concernées par cette obligation légale.
Un arrêté du 9 janvier 2026 élargit par ailleurs la cartographie : à compter du 1er juillet 2026, 55 % du territoire français sera couvert (contre 48 % auparavant), ce qui pourrait étendre l’obligation G1 à de nouveaux terrains valdémarnais. Il est donc essentiel de vérifier le statut de chaque parcelle avant toute transaction.
L’étude G1 PGC doit être annexée à la promesse de vente ou, à défaut, à l’acte authentique. Son absence engage la responsabilité du vendeur. Une étude de sol G1 réalisée conformément à la norme NF P 94-500 vaut présomption de conformité aux exigences de la loi ELAN.
Qu’apporte la mission G2 que la G1 ne fournit pas ?
Si la G1 répond à la question « quels risques présente ce terrain ? », la G2 répond à une question différente : « comment construire sur ce terrain de façon sûre et économiquement optimisée ? ». La mission G2 est une étude géotechnique de conception. Elle s’appuie sur les données de la G1 pour produire un dimensionnement réel des ouvrages géotechniques (fondations, terrassements, soutènements, dallages).
La G2 se décompose en deux phases progressives définies par la norme NF P 94-500 :
- G2 AVP (Avant-Projet) : première évaluation des solutions de fondation, ébauche dimensionnelle, identification des risques géotechniques liés au projet spécifique
- G2 PRO (Projet) : dimensionnement définitif, notes de calcul conformes à l’Eurocode 7, documents techniques pour le Dossier de Consultation des Entreprises (DCE)
La G2 AVP : orienter les choix structurels avant le permis
Réalisée au stade de l’avant-projet, la G2 AVP mobilise des investigations plus poussées qu’une G1 : sondages pressiométriques, carottages, prélèvements pour analyses en laboratoire (granulométrie, limites d’Atterberg, essai Proctor). Elle modélise le comportement du sol en tenant compte des charges prévues par le projet.
Son rapport livre un modèle géotechnique du site adapté au projet, des solutions de fondation envisageables (fondations superficielles, semi-profondes, micropieux, injection de résine) et une première ébauche dimensionnelle. Ces éléments orientent les choix structurels avant le dépôt du permis de construire et permettent d’anticiper les coûts réels.
La G2 PRO : le dimensionnement définitif pour la construction

La G2 PRO intervient au stade projet, une fois les plans définitifs établis. Elle approfondit les investigations de la G2 AVP avec des sondages complémentaires ciblés, des essais spécifiques et des analyses en laboratoire plus détaillées.
Elle produit les notes de calcul de dimensionnement (type de fondations, profondeur, capacité portante, tassements admissibles), les notes techniques sur les terrassements et soutènements, et l’ensemble des éléments nécessaires au DCE. Ce document engage la responsabilité décennale du bureau d’études géotechnique. Il est indispensable pour l’obtention de l’assurance dommages-ouvrage.
Peut-on se passer de la G1 si une G2 est prévue ?
C’est une question fréquente : puisque la G2 est plus complète, la G1 est-elle vraiment nécessaire ? La réponse est nuancée. Sur le plan légal, la G1 PGC est une obligation du vendeur au moment de la vente du terrain. La G2 est une obligation du maître d’ouvrage (propriétaire ou constructeur) au stade de la conception du projet.
Ces deux obligations sont indépendantes et ne se substituent pas l’une à l’autre. Toutefois, si une G2 AVP/PRO est réalisée dès l’amont sur un terrain récemment acquis, elle vaut présomption de conformité aux exigences de conception de la loi ELAN, à condition qu’elle intègre le volet retrait-gonflement des argiles.
En pratique, dans le Val-de-Marne, il est fortement recommandé de ne pas fusionner les deux démarches sans l’accord du bureau d’études. Une G1 réalisée pour la vente d’un terrain ne couvre pas les mêmes objectifs qu’une G2 commandée pour concevoir les fondations : les investigations, leur nombre et leur profondeur diffèrent sensiblement.